Lydia Marinelli : 19, Berggasse
5 - Lydia Marinelli et la Fondation Sigmund Freud : prémices d'une destitution.
par Sylviane Lecœuvre
L'année 2007 est particulièrement éprouvante pour les salariés du Musée. Les tensions qui empoisonnent la maison Freud prennent la forme d'un conflit extrêmement violent qui oppose la directrice de la Fondation à la directrice scientifique, Lydia Marinelli.
Lydia Marinelli est née à Matrei, dans le Tyrol oriental le 15 juillet 1965. Après des études d'histoire à Vienne, elle devient simple collaboratrice à la SFG en 1992. En 1999, elle obtient un doctorat de 3ème cycle. Elle est nommée directrice scientifique de la SFG par Ingrid Scholz Strasser et commissaire aux grandes expositions du Musée: elle a 34ans seulement. En 2002, elle enseigne au département d'histoire à l'université de Vienne et devient membre du comité consultatif de la toute nouvelle Fondation Sigmund Freud en 2003. L'année suivante, elle occupe le poste de directrice de recherches de la SFP.
Suite à la constitution du comité d'entreprise, elle est élue déléguée du personnel en 2006. Elle est invitée en 2008, comme chercheuse, à l'institut d'histoire des sciences Max Planck de Berlin, où travaille également Andreas Mayer.
Lydia Marinelli revient à Vienne début septembre avec le projet d'une grande exposition sur Freud en exil. Elle apprend à son retour qu'elle ne pourra pas organiser elle-même cette exposition. Pour des raisons budgétaires la Fondation choisit de faire venir une exposition de Berlin clé en main...
Le lundi 8 septembre 2008, alors qu'elle doit reprendre son travail au Musée, elle meurt en se jetant par la fenêtre de son appartement. Elle a tout juste 43 ans.
Le travail et les recherches de Lydia Marinelli en lien avec la psychanalyse sont multiformes. A partir de 1995 elle écrit de nombreux articles aussi bien sur l'histoire des Editions Psychanalytiques Internationales que sur les archives ou le cinéma. Son intérêt marqué pour le traitement de la trace et de l'image est particulièrement sensible dans ses expositions.
Son livre écrit en 2002 en collaboration avec Andreas Mayer sur la Traumdeutung comme fruit d'un travail collectif lié à l'histoire tourmentée du mouvement psychanalytique est actuellement le seul texte traduit en Français.Le public francophone n'a pas encore le recul nécessaire pour évaluer la réception du livre car la traduction a été publiée en octobre 2009.
Le 18 septembre 2007 marque ses premières grandes difficultés avec la Fondation.
Par courrier et conformément à la disposition 13.6 des statuts de la Fondation, Ingrid Scholz Strasser lui signifie que désormais elle ne fait plus partie des membres de l'Advisory Board, le comité consultatif. La directrice de la Fondation avance l'argument d'un conflit d'intérêt préjudiciable pour le bon fonctionnement du Musée. En effet, Lydia Marinelli est salariée de la Fondation. Dans une lettre en anglais qu'elle adresse à John Forrester elle ajoute :
« nous voulons en outre lui donner l'opportunité de se concentrer exclusivement sur son travail de recherches et la libérer de lourdes contraintes administratives ». (cf : Paul Parin)
Le lendemain, Lydia Marinelli envoie un mail au CA où elle souligne que c'est son emploi qui est directement menacé. Elle n'est peut-être pas sans savoir que l'obligation faite aux musées fédéraux d'avoir un commissaire aux expositions est levée dans les fondations. Elle fait également un lien entre cette décision et son projet de se porter candidate au prochain bureau du comité d'entreprise.
Son message reste lettre morte auprès du CA.
Actuellement, en 2010, on peut remarquer sur le site de la Fondation que John Forrester et Jacqueline Carroy ne font plus partie de l’Advisory Board .
En février 2008 débute une polémique autour d'un article publié trois ans plus tôt par Inge Scholz Strasser dans un livre écrit en allemand par Lisa Fischer et Regina Köpl. L'article s'intitule : Freud Museum : mehr als eine historische Denkstätte, (Le Musée Freud : davantage qu'un simple lieu commémoratif historique) Lydia Marinelli estime que des pages entières de cet article sont la copie conforme d'un texte dont elle est l'auteur. Elle fait valoir une démarque d'auteur et intente un procès contre Ingrid Scholz Strasser pour délit de violation de la propriété intellectuelle. Elle exige une réédition du livre avec la suppression de l'article ou l'apport de correctifs nécessaires. Elle enjoint aussi la Fondation à revenir à des « good practices ».
Après une querelle d'experts sa demande est déboutée. Il ne manquera pas de bons esprits pour dénoncer, une fois de plus, la néfaste Fondation soupçonnée cette fois d'avoir copieusement « rincé » les cabinets d'avocats.