PLACE PUBLIQUE 2026

PP2026 14.02i

Identifications

 par Mayette Viltard

samedi 13 juin de 9h à 16H30

à L'Agora 64, rue du Père Corentin  Paris 75014
Métro ligne 4 Porte d'Orléans, Bus 38 & 92, Tram T3a
 

 Argument

Au fond, Freud a parfaitement vu la nécessité de faire tenir ensemble ces deux domaines même si c’est, en effet, « un paradoxe de plein fouet ». Il voit les pulsions mais il voit bien précisémequand il traite une hystérique ou un phobique :
— des problèmes d’investissement de zones érogènes, de fixations libidinales.
— et puis aussi des représentations qui sont totalement incorporelles, des fantasmes où manifestement il n’y a pas une dose d’énergie correspondante à cette inscription mnésique pour déclencher pareils automatismes de répétition, etc. Donc : représentation, représentant de la pulsion, et il fait tenir tout cela ensemble.
Seulement, toute l’histoire du Freudisme et de la psychanalyse jusqu’au structuralisme contemporain, c’est d’effacer ce scandale – que Freud ait eu la folie au départ de faire cette affirmation paradoxale ! En tous cas, un montage s’est imposé : éliminer purement et simplement ce domaine des consistances énergétiques, c’est-à-dire éliminer toute problématique du corps, du socius, du rapport de forces économiques – toute problématique des machines concrètes.
—Mais oui, tout cela existe bien sûr mais ce n’est pas de l’inconscient !
—Si ! justement c’est aussi l’inconscient.
[…]Cela commence avec le trait unaire, avec la quantité d’information minimum.
…]Il y a donc fabrication de ce que l’on peut appeler – hommage à notre maître à tous et à toutes, Jacques Lacan le trait unaire. Que se passe-t-il donc quand il se prend dans un noyau d’agencement ?.
[…]Quand il fonctionne de ce côté, il fait du signifiant et amorce un triangle sémiotique
[…]De l’autre côté, ce même fonctionnement peut se faire au niveau cette fois des consistances énergétiques comme triangle des machines concrètes : cette fois, les signes ne font pas des boucles et des redondances de signification, ne développent pas une économie paradigmatique, mais une économie praxique ; c’est donc le triangle des machines concrètes avec ce que j’appelle : la ligne des tenseurs processuels. Des signes sont en acte cette fois même si par ailleurs ils sont dans la signification.
Guattari, L’efficience sémiotique
Or les parents sont eux-mêmes un milieu que l’enfant parcourt, dont il parcourt les qualités et les puissances et dont il dresse la carte. Ils ne prennet une forme personnelle et parentale que comme les représentants d’unmilieu dans un autre milieu. Mais il est erroné de faire comme si l’enfant était d’abord limité à ses parents, etn’accédait à des milieux que par après, et par extension, par dérivation. Le père et la mère ne sont pas les coordonnéesde tout ce que l’inconscient investit. Il n’y a pas de moment où l’enfant n’est déjà plongé dans un milieu actuel qu’il parcourt, où les parents comme personnes jouent seulement le rôle d’ouvreurs ou de fermeurs de portes, de gardiens de seuils, de connecteurs ou déconnecteurs de zones. Les parents sont toujours en position dans un monde qui ne dérive pas d’eux. Même chez le nourrisson il y a un continent-lit par rapport auquel les parents se définissent, comme des agents sur les parcours de l’enfant.
G. Deleuze. “ Ce que les enfants disent”. In Critique et clinique
Ce que je voulais réaliser dans cet essai, c’était simplement une observation des représentations qui échappent à la fois aux deux modèles de récits populaires d’inceste – le récit traumatique et le scénario « Lolita ». Nous devrions être prudents face à la possibilité que quelque chose s’immisce dans la représentation qui traduit nos désirs non dits
en une entité différente quoique pas totalement différente.
Lynda Hart, Passion pour l’innocence
Par extension, universaliser, ou « hétérosexualiser » les performeuses lesbiennes, est aussi un acte de violence intime. Le critique qui ne pouvait pas voir pourquoi les Split Britches ne seraient pas « programmées pour le spécial Bob Hope suivant » démontrait le gommage violent des identités de Weaver et Shaw dans un geste qui est représentatif de la réaction des spectateurs à cette performance. Au nom de la « vérité humaniste » des relations, la violence du libéralisme devient patente. Shaw et Weaver essaient de négocier les carrefours pleins de danger entre politiques des identités et identifications déstabilisées, en traçant la carte de l’histoire de leurs séductions.
Si les spectateurs de cet événement ne pouvaient voir des lesbiennes qu’en les incorporant dans leur logique hétérosexuelle, leurs réactions rendaient néanmoins visible l’impératif hétérosexuel de l’économie spéculaire. Seuls ceux que Kate Davy appelle « les pervers instruits » étaient capables de voir l’hallucination.
Lynda Hart, Identité et séduction : les lesbiennes dans le courant dominant
L'opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale ou psychologie des foules, qui peut, à première vue, paraître très profonde, perd beaucoup de son acuité lorsqu'on l'examine de plus près. Sans doute, la psychologie individuelle a pour objet l’homme pris isolément et recherche les moyens dont il se sert et les voies qu'il suit pour obtenir la satisfaction de ses motions pulsionnelles, mais, dans cette recherche, elle ne réussit que rarement, et dans des cas tout à fait exceptionnels, à faire abstraction des rapports qui existent entre ces hommes pris isolément et les autres individus. C'est que l’autre joue toujours dans la vie psychique (seelenleben) de l’homme pris isolément le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un aide ou d'un adversaire, et la psychologie individuelle se présente dès le début comme étant en même temps, par un certain côté, une psychologie sociale, dans le sens élargi, mais pleinement justifié, du mot.
L'attitude de cet homme pris isolément à l'égard de ses parents, de ses frères et soeurs, de son objet d’amour, de son professeur, de son médecin, bref tous les rapports qui ont jusqu'à présent fait l'objet de recherches psychanalytiques, peuvent à juste titre être considérés comme des phénomènes sociaux, ce qui les met en opposition avec certains autres processus auxquels nous avons donné le nom de narcissiques, parce qu'ils sont caractérisés par le fait que la satisfaction pulsionnelle est recherchée et obtenue en dehors et indépendamment de l'influence d'autres personnes. C'est ainsi que l'opposition entre les actes psychiques sociaux et narcissiques (autistiques, selon la terminologie de Bleuler) est une opposition qui ne dépasse pas les limites de la psychologie individuelle et ne justifie pas une séparation entre celle-ci et la psychologie sociale ou des foules.
Dans son attitude à l'égard des parents, des frères et soeurs, de l’aimé, de l'ami, du professeur et du médecin, l’homme pris isolément ne subit l'influence que d'une seule personne ou que d'un nombre limité de personnes dont chacune a acquis pour lui une importance de premier ordre. Or, lorsqu'on parle de la psychologie sociale ou des foules, on fait généralement abstraction de ces rapports, pour ne considérer que l'influence simultanée qu'exercent sur l’homme pris isolément un grand nombre de personnes qui, sous beaucoup de rapports, peuvent lui être étrangères, mais auxquelles le rattachent cependant certains liens. C'est ainsi que la psychologie des foules envisage l’homme pris isolément en tant que membre d'une tribu, d'un peuple, d'une caste, d'une classe, d’un État, d'une institution, ou en tant qu'élément d'un amas humain qui, à un moment donné et en vue d'un but donné, s'est organisée en une foule. Après avoir rompu les liens naturels que nous avons mentionnés plus haut, on fut amené à considérer les phénomènes qui se produisent dans ces conditions particulières comme des manifestations d'une pulsion particulière, impossible à ramener à autre chose, la pulsion sociale – herd instinct, group mind – n'apparaissant pas dans d'autres situations.
Nous devons cependant déclarer que nous nous refusons à attribuer au facteur numérique une importance aussi considérable et à admettre qu'il soit seul capable de faire naître dans la vie psychique (seele) de l'homme une pulsion nouvelle, non activée dans d'autres conditions. Notre recherche nous oriente plutôt vers deux autres possibilités, à savoir que la pulsion sociale est loin d'être originelle et indécomposable et qu'elle existe déjà, ne serait-ce qu'à l'état d'ébauche, dans des cercles plus étroits, comme celui de la famille.
Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, chapitre 1. (trad. Mayette Viltard).

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Le matin : Encore un film aquatique

 

L’après-midi : Exposé-débat : Mayette Viltard.

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Des articles et des livres :

Lynda Hart, Passion pour l’innocence, L’unebévue N° 42 Sémiotiques d’enfance, 2025.
– « Identité et séduction : les lesbiennes dans le courant dominant » In Acting out : Feminist performances , Lynda Hart et Peggy Phelan Editors, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1993, p. 119-137. Traduit par Anne-Marie Ringenbach, in L’unebévue n°23, 2005.
S. Freud, Psychologie des foules et analyse du moi. 1921.
Jacques Lacan, L’insu que sait de l’unebévue s’aile à mourre,
Félix Guattari,
– L’inconscient machinique. Essais de schizo-analyse, Paris, Éditions recherches, 1979.
– L’efficience sémiotique. Séminaire du 5 mai 1982.
– Vertige de l’immanence. Refonder la production d’inconscient, 1992, Chimères n°38.
G. Deleuze et F. Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ? Les Éditions de Minuit, 1991.
Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, Les éditions de Minuit, 1980.

Vous trouverez les annonces et certains textes sur le site de L’unebévue à www.unebevue.org.

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Inscription sur place à 9h.

Participation aux frais pour la journée : 30 euros - tarif réduit possible.

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L’unebévue revue de psychanalyse

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