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allouch4Ça de Kant, cas de Sade

Érotologie analytique III

Jean Allouch

L'unebévue 2001, ISBN : 2-914596-05-7, ISSN : 1284-8166, 208 p. 20€

Il faudra bien que le psychanalyste paye le prix de sa tentative inouïe d’établir son camp ailleurs que chez Sade. Ce prix a un nom : le fantasme. L’événement Sade exigeait qu’il perde sa prétendue suprématie, pas seulement en psychanalyse. Lacan s’y employait. Mais plutôt discrètement, au point d’en venir à titrer son étude quasi à rebours de ce qu’elle indiquait.

De là les malentendus dont «Kant avec Sade» n’a cessé d’être l’objet. Il est vrai que, jamais publiée en son lieu, la lettre elle-même de cet écrit était devenue pratiquement inaccessible, tant devaient varier ses versions successives (1963, 1966, et encore après).

Kant n’est avec Sade que le temps de s’apercevoir que, «plus honnête», la maxime sadienne (elle est de la plume de Lacan) écarte la réciprocité. Avec l’instrument Sade, pèse plus qu’un soupçon sur Kant.

Qu’advient-il, ensuite, à ce Sade sans Kant ? En remarquant que la production de l’œuvre sadienne fut rendue possible par le fait que, dans sa vie, Sade était passé au-delà des limites constitutives de son fantasme, Lacan entend souligner que cette vie était réglée par la rigueur de sa pensée. Ici, silencieusement, Lacan flirte avec la lecture souverainiste de Sade proposée par Bataille, puis Blanchot – mais pour bientôt s’en écarter.

Assimiler vie et œuvre de Sade, telle fut l’opération constitutive du sadisme. Il n’est remarquablement pas question du sadisme dans «Kant avec Sade». Ni de perversion.

Lue par Lacan, l’œuvre de Sade se laisse situer dans «les portants de l’éthique chrétienne». Cependant, pour être passée au-delà, sa vie n’en rencontre pas moins une autre limite. Pas «assez voisin de sa propre méchanceté pour y rencontrer son prochain», Sade rejette sur l’Autre la douleur d’exister. Ce qui implique un Autre existant, non barré. Sade a affaire à une loi («pathologique» au sens de Kant), dans la volonté de jouissance de la Présidente de Montreuil, et non pas au désir. À la mode sadienne, Lacan écrit : «V...ée [lire : violée] et cousue, la mère reste interdite ». C’est : «Sade, encore un effort si vous voulez être sadien.»

Il n’est guère question, en tout cela, d’un «traité vraiment du désir» ni donc «de ce qui manque à Sade». Le dit chantre du manque, préfacier écarté de La philosophie dans le boudoir, s’interdisait, en 1963, d’écrire ce qui aurait été un traité du désir sadien. Pas absolument toutefois.