Clinic Zones 2016

CZ2020_MarseilleL'obscur présent

les 5&6 novembre 2016

Hotel Holiday Inn  79 avenue du maine Paris 14

Samedi de  9H à 18H et dimanche de 9H30 à 16H

 

 

 

Janvier 2005 Beatriz@war.

 
L'accès des subalternes aux technologies de production de savoir, le déplacement du sujet de l!énonciation scientifique, génèrent une rupture épistémologique. En 1976, Foucault identifie cette rupture et la nomme « retour des savoirs assujettis ». C!est la nuit des morts-vivants de la connaissance. Ceux qui avaient été produits jusqu!à maintenant comme objets de l!expertise médicale, psychiatrique, anthropologique ou coloniale, les subalternes, les anormaux vont réclamer progressivement la production d!un savoir local, un savoir sur eux-mêmes qui questionne le savoir hégémonique. C!est un processus de friabilité générale des sols, un effondrement opéré par la multiplicité des critiques discontinues et particulières
ou locales. Codes des genres, variations des sexes, identités sexuelles, morphologies corporelles, techniques de management des affects, franges entières du temps dédiées à la relation et à l!attention au vivant deviennent propriétés à l!intérieur des régimes régulateurs du Supercapitalisme. Travail techno-discursif des sciences pour reproduire la matérialité du vivant dans le circuit Sexe-Capital. Et les « psy » sont convoqués pour activement transformer les savoirs subjugués en production de « subalternité ». C!est ça la biopolitique du corps postmoderne.

 

 

Novembre 2016.

 

Foucault a montré la relation indissoluble qu!il y a entre la mise au travail des populations, la mise en place des conduites, et le grand Renfermement. On peut lire, dans Histoire de la folie : « On pourrait faire une histoire des limites – de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu!accomplis, par lesquels  une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l!Extérieur ; et tout au long de son histoire, ce vide creusé, cet espace blanc par lequel elle s!isole la désigne tout autant que ses valeurs ». Mais ce geste d! « exclusion », fondateur des conditions de la modernité en Occident, n!est pas ce qui s!oppose à l'intégration et ses normes, il est le signe du partage du vivant humain, un versant destiné à la production, l!autre, irréductible, ingouvernable, recueilli par l!hôpital, l'Asile, le Bagne, la Prison. Gestes obscurs sur les lignes de partage. Il est difficile d!accepter ces partages, rappelle Mathieu Potte-Bonneville, dans Foucault l!inquiétude de l!histoire, en se référant au si beau Raymond Roussel, de Foucault : « Les choses forment
un tissu sans coutures ».
Aujourd!hui, les asiles n!ont plus de murs. Depuis déjà longtemps, il n!y a plus de Sans Domicile Fixe, il y a les gens de la rue, la rue, c!est l!asile. On n!est plus errant, on habite dans la rue, parfois dans des camps. Mais comme s!est si bien exclamé le maire de Béziers : « Ça y est ! Ils arrivent » ! Pensons à Deleuze : « Si les nomades nous ont tant intéressés, c!est parce qu!ils ont un devenir et ne font pas partie de l!histoire ; ils en sont exclus mais se métamorphosent pour réapparaître autrement, sous des formes inattendues, dans les lignes de fuite du champ social ». Trans d!un nouveau genre, ils trans/site dans les interstices des binarités, trans de trans/versal et non de trans/gression, ils ne cherchent pas à traverser les frontières, ils les pervertissent. L'asile peuplé de ses demandeurs s!est déplacé aux frontières, devenues non pas des murs à traverser, mais des zones d!attentes. Le vocabulaire a changé. Exilés, réfugiés, clandestins, étrangers, subalternes, indésirables, exclus, autant de dénominations qui n!ont plus lieu d!être. Les migrants ne sont pas plus des personnes qu!une masse, ce sont des flux, des corps subalternes en trop, devenus incomptables, des flux qui ne peuvent s!individuer. Ces « flux migratoires » affolent les discours des gouvernants, discours obsolètes à peine prononcés, désinsérés de toute réalité, non crédibles, discrédités à peine entendus. Comme dans Land of the dead, les limites sont devenues troubles. Hommes-oiseaux migrateurs, zombies, vampires, ni le camp, ni les containers, ni les caissons, ni les ghettos, ne les localisent. Ils vivent dans des jungles, entourées de gigantesques zoos nationaux de citoyens gérés pas la raison (d!état) et les contrats internationaux. « Le » migrant joue, dans l!exercice du biopouvoir, le rôle que « Le » fou du XVIIe siècle a joué dans le pouvoir moderne émergent. Les travailleurs sociaux sont réquisitionnés pour accomplir un travail sécuritaire, enfermer la jungle. Les migrants sont devenus une obsession, comme les méfaits des sorcières ont obsédé un certain XVIe siècle. Ils résistent à toutes les raisons, ils engagent « notre » existence collective dans la dimension de l!identité, de la subjectivité, et du présent. Migrants est un nom de code de ce qui brouille le jeu de l!un et de l!autre et destitue ce partage sous toutes ses formes sensibles.

 

 

Starhawk

 

Starhawk cherche à « fabriquer de l!espoir au bord du gouffre ». Créer une vision, donner corps, par la fiction, à l!obscur. Il s!agit de « rêver l!obscur comme processus, changement, devenir, pour créer une nouvelle image de l!obscur. Car l!obscur nous crée ». Starhawk invente une machine à langage, comme Raymond Roussel. Nous devons mettre dans notre bouche des mots qui font mal, comme Sorcière, Déesse, Néo-païenne, Écoféministe, des mots qui se prononcent au féminin, quel que soit le sexe de celui qui parle, une façon d!être genré au féminin, de rendre possible d!être témoin modeste. Nous devons aussi utiliser des mots inusités, Spiral dance, Action directe, Production de douleur, Soin, Pouvoir du dedans, etc.
« Nous avons besoin d!une éthique et d!une foi, ce qui fait rire les idiots. Ce n!est pas un besoin de croire à autre chose, mais un besoin de croire à ce monde-ci, dont les idiots font partie ». (Deleuze, Cinéma 2).
Qu'est-ce que c!est que d!être écoféministe, dans une nouvelle ère ? L'Homme est devenu une force géologique capable de modifier le cours des fleuves, les courants des océans, le climat et l'ensemble des éléments. Trois thèses prédominent. La première fait démarrer l'anthropocène au néolithique, avec les débuts de l'agriculture et de l'élevage, il y a 9 000 ans. Une deuxième considère plutôt la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle comme point de départ. Mais c'est la troisième qui est défendue par les experts réunis au Cap (Afrique du Sud) le 29 août 2016 à l'occasion du 35ème Congrès international de stratigraphie : le 16 juillet 1945, l!explosion de la première bombe atomique de l'histoire, dans le désert du Nouveau-Mexique, a dispersé les éléments radioactifs autour de la planète.
Les flux ? Starhawk s!en sert sans effroi. Elle élabore que le sexe, dans la pensée magique, est un échange de pouvoir sous la forme d!un flux d!énergie qui coule entre deux êtres, une polarité sur le mode d!un générateur d!énergie, indépendamment du genre. Elle est en bonne compagnie, on pense à Salman Rushdie :
« Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir ». (Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits). Ou Lacan : « Impossible d!écrire la relation sexuelle entre deux corps de sexe différent. C!est par là que se fait l!ouverture par quoi c!est le monde qui vient à nous faire son partenaire ». (Encore)

Émergence d!un nouveau discours ? D'une nouvelle ère ? De nouveaux devenirs ? D'une nouvelle perversion?

 

Mme Turkell – Comment articuleriez-vous l!idée que la psychanalyse aspire au statut de science avec ce que vous en avez dit comme épidémie ? En un sens, c!est un phénomène social...
J. Lacan – Une épidémie n!est pas un phénomène social, du moins pas dans le cas de la science.
Mme Turkell – Qu!est-ce qu!une épidémie scientifique ?
J. Lacan – C!est quand quelque chose est pris comme une simple émergence, alors que c!est en fait une rupture radicale. C!est un événement historique qui s!est propagé et qui a grandement influencé la conception de ce qu!on appelle univers, qui en soi-même a une base très étroite, sauf dans l!imaginaire. 24 novembre 1975 Yale University.

 

Intervenants :

 

Michèle Duffau - Marie- France Basquin - Mayette Viltard - Marie Jardin Françoise Jandrot - Luc Parisel - Xavier Leconte - Julio Barrera -Oro Ninette Succab - Marie-Magdeleine Lessana - Colette Piquet - Rosine Liénard - Anne Marie Ringenbach - Anne-Marie Vanhove - François Dachet Claude Mercier - Jean-Hervé Paquot

 

Quelques livres :

 

Michel Foucault, Il faut défendre la société, Cours du 7 janvier 1976. Seuil.
Sécutité, Territoire, Population, Seuil.
Donna Haraway, Situated Knowledges. The Science Question in Feminism as a Site of Discourse on the Privilege of Partial Perspective, 1988. voir biblio générale.
– “Jeux de ficelles avec les espèces compagnes: rester avec le trouble”. in Les animaux: deux ou trois choses que nous savons d'eux. Colloque de Cerisy juillet 2010, Paris, Hermann Editeurs, 2014.
René Schérer, Zeus hospitalier, La Table ronde, 2005.
Hospitalités, Anthropos Economica, 2004.
Alain Brossat, Autochtone, imaginaire, étranger, imaginé, Éditions du souffle, 2012.
Martine Lefeuvre-Déotte dir., Des corps subalternes. Migrations, expériences, récits, Esthétiques, coll. Esthétiques, L!harmattan, 2012.
Gilles Deleuze, Pourparlers, Minuit, 1990.
Salman Rushdie, Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, Actes Sud, 2016.
Tony Duvert, Les petits métiers, fata morgana, 1978.
Isabelle Stengers, Penser avec Whitehead. Une libre et sauvage création de concepts, Seuil, coll. L'Ordre philosophique, 2002.
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2009.
Félix Guattari, Les 3 écologies, Galilée, 1989.

 

Conte d’automne
Jean-Marc rêvait d’aller Ailleurs. Chez Vinci, pour tout dire. Un jour, n’y tenant plus, il prit sa charrette et partit. Perspective accablante. On alla chercher Tony Duvert, qui connaissait le petit métier de bâtonneur de roue. Il en vint 40 000, qui marchèrent sur le chemin de Notre-Dame des
Landes. Ils composèrent le chant des bâtons, ils dansèrent la danse des bâtons, ils mirent des
bâtons dans les roues. Tout en simulant de protester, Jean-Marc alors, se mit à pleurer de joie secrète : il était sauvé. Il rentra doucement au village, et tous les habitants vinrent l’accueillir.

 

Inscriptions sur place à 9h.

 

Formation permanente 275€. À titre individuel 100€. Tarif réduit 50€
CLINIC ZONES 212 avenue du Maine, 75014 PARIS - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Direction et coordination : Anne Marie Ringenbach, Mayette Viltard.