Rencontre avec Édouard Glissant

Place publique du 7 février 2009, Maison de l'Europe, Paris.

Françoise Jandrot

 

Cf : L'unebévue N° 26 : Rhizome, carte, noeud Bo, Rhizome et création, une poétique, p 11.

J'ai préparé quelque chose en forme de question qui est à déplier un peu, parce qu'il n'est pas possible avec votrepoésie de jouer au jeu des questions et des réponse univoques. Je me trouve conduite à suivre vos rhizomes et j'en suis enrichie et je vous en remercie.

...Avec...à côté de la philosophie du dispositif, chère à M. Foucault, écheveau de lignes de nature différentes qui franchissent certains seuils, lignes que nous retrouvons dans votre œuvre, qui peuvent être esthétiques, scientifiques, politiques, s'associent les rhizomes deleuziens et guattariens dont vous venez de parler.

Il y a aussi la place accordée à l'imaginaire, mis en exergue dans votre Poétique III, Poétique de la relation qui développe les avatars d'un autre imaginaire.

Le premier texte présente trois acceptions de l'imaginaire. Il ne s'agit pas ici de définition, non, car on ne peut pas enfermer ce que vous dites dans une définition.

Je vous cite :

« Imaginaire : Penser la pensée revient le plus souvent à se retirer dans un lieu sans dimension où l'idée seule de la pensée s'obstine. Mais la pensée s'espace réellement au monde. Elle informe l'imaginaire des peuples, leurs poétiques diversifiées, qu'à son tour elle transforme, c'est-à-dire, dans lesquels se réalise son risque.

La culture est la précaution de ceux qui prétendent à penser la pensée mais se tiennent à l'écart de son chaotique parcours. Les cultures en évolution infèrent la Relation, le dépassement qui fonde leur unité-diversité.

La pensée dessine l'imaginaire du passé : un savoir en devenir. On ne saurait l'arrêter pour l'estimer, ni l'isoler pour l'émettre. Elle est partage dont nul ne peut se départir ni, s'arrêtant, se prévaloir. »

Je continue parce que je veux arriver à un point fondamental de ce texte pour nous puisque vous y mettez en question la filiation et la question de l'Œdipe articulée à la filiation. Vous introduisez cette question avec des articulations très précises qu'il faudrait suivre à la lettre, mais le temps manque pour cela. Vous posez un certain nombre de références littéraire. Shakespeare avec « La tempête » et surtout, vous appuyant ensuite sur « Absalon, Absalon » de Faulkner vous faites référence à la réinterprétation freudienne du mythe d'Œdipe et sa généralisation en ethnologie. Vous introduisez que ce qui s'oppose à cette nouvelle généralisation serait ce que vous appelez l'étendue. L'étendue : l'étendue où l'Afrique est pour nous source de mirages retenus en représentations simplifiées, joue son rôle. Vous soulignez que dans « Absalon, Absalon », là je vous cite : L'objet double du dévoilement, l'inceste y déporte la filiation et inversement car le roman suggère qu'on pourrait ici, dans le sud, admettre, concevoir que l'inceste est non pas l'intrusion du sang noir qui est pourtant là. J'arrive à la phrase qui me permettra de vous poser ma question

« Ouvrons alors une autre parenthèse décidante : l'Œdipe ne fonctionne pas dans l'étendue. Ni maternage ni paternage n'y concourent...L'Oedipe est tributaire des droits de la filiation quand au contraire, la famille étendue est circulaire émaillée comme l'est la trame de l'œuvre faulknérienne. »

L'actualité de cette œuvre repose pour vous sur le fait qu'Elle englobe et dépasse le politique et le lyrique mais donne à démêler la violence et l'opacité qui en sont aujourd'hui les pôles.

Alors, pourriez-vous nous faire errer avec les rhizomes de ce maternage-paternage qui ne concourent pas à l'Œdipe?